Captures d'écran de recette : quel service choisir pour partager vos screenshots ?

Partage de captures d'écran : attention aux pièges !

Lors des phases de recette, puis tout au long de la vie d'un projet web, toutes les équipes testent, re-testent et re-re-testent : le client côté métier, les développeurs côté prestataire, et nous, côté accompagnement AMOA. Nous signalons des bugs, nous proposons des améliorations, nous adaptons l'outil au contexte et aux besoins. Et pour appuyer chacun de ces retours, nous joignons presque toujours une URL et une capture d'écran (j'en profite pour enfoncer le clou : comment faire un ticket).

Historiquement, ces captures sont jointes directement aux tickets : un simple envoi de fichier, et c'est fait. Pourtant, les outils de capture qui génèrent une URL de partage sont de plus en plus utilisés, pour deux raisons :

  • L'ergonomie des outils de ticketing est très variable. Certains, comme Breeze, affichent les captures de façon très lisible. Mais c'est rare : entre les outils développés en interne par les agences souvent alambiqués et les outils (pré)historiques du marché comme Redmine, souvent peu pratiques pour gérer les images, passer par un outil de capture est bien plus rapide.

  • Les tickets voyagent d'un outil à l'autre. En tant qu'AMOA, nous déplaçons et copions souvent des tickets d'une plateforme à l'autre : une validation par le client est nécessaire, un ticket passe d'un prestataire à un autre, un ticket naît dans un échange de mail avant de passer dans l'outil de gestion de projet. Dans tous ces cas, un simple copier-coller du texte transmet aussi les captures, puisqu'elles ne sont que des liens.

Et le volume est important : sur les 30 derniers jours, mon historique compte près de 300 captures. Si la prise de la capture et son partage me prennent 30 secondes de moins, c'est 2 h 30 gagnées chaque mois. La rapidité compte donc beaucoup dans le choix d'un outil.

Mais ce n'est pas le seul critère. Une capture de recette montre souvent une préproduction, un back-office, des données de test qui ressemblent à de vraies données. Où atterrit-elle ? Qui peut la voir ? Combien de temps reste-t-elle en ligne ? J'ai longtemps utilisé Imgur puis prnt.sc, le service de partage de l'outil Lightshot. J'ai voulu regarder de près comment ils fonctionnent, pour vous aider à choisir la solution qui vous convient.

Les cinq questions à se poser avant de choisir

Rapidité, pour celui qui poste et pour celui qui regarde

Un bon outil de partage fait gagner du temps aux deux bouts de la chaîne. Pour celui qui poste : capturer une zone, annoter (flèche, encadré, texte), obtenir un lien, et si possible envoyer plusieurs images d'un coup. Pour celui qui lit le ticket : voir l'image tout de suite, sans publicité ni page intermédiaire, et la retrouver facilement des semaines plus tard. C'est tout l'enjeu du suivi des développements et de la recette : des retours clairs, traités vite.

Sécurité

Les liens partagés sont publics. Il faut donc partir du principe qu'un inconnu peut tomber sur vos captures sans que vous lui ayez donné le lien, et même que certaines personnes ou organisations scrutent en permanence ces partages à la recherche d'informations confidentielles. Nous ne partageons pas de données confidentielles, et chaque capture est normalement anodine. Mais une donnée personnelle peut parfois passer, et une simple adresse email associée à l'URL d'une page de connexion peut donner un indice précieux lors d'une attaque. Il faut donc se demander comment les adresses sont générées, quel est l'historique de l'éditeur en matière d'incidents, qui peut scruter les services de partage de captures d'écran et quel est le modèle économique de l'éditeur.

RGPD

D'un point de vue strictement légal, dès qu'une capture contient une donnée personnelle (un nom dans une liste d'adhérents, un email dans un formulaire de test), le service qui l'héberge traite cette donnée. Qui est l'éditeur ? Dans quel pays ? Propose-t-il un contact ou un représentant dans l'Union européenne ? Si ces questions vous parlent, ma FAQ sur le RGPD fait le point sur les bases.

Durée de vie de la capture

Un ticket de recette sert parfois de mémoire au projet pendant des années, en particulier en TMA. Si l'image disparaît, le ticket perd son sens. À l'inverse, une capture qui reste en ligne indéfiniment, alors que le bug est corrigé depuis longtemps, n'a plus aucune utilité.

Écologie

Une capture pèse peu. Mais multipliée par des millions d'utilisateurs et conservée sans limite, elle finit par peser lourd. Le Référentiel général d'écoconception de services numériques (RGESN) recommande d'ailleurs de fixer des durées de conservation des données (critère 7.2) et une stratégie d'archivage et de suppression (critère 5.8). Selon l'ADEME, les centres de données représentent 16 % de l'empreinte carbone du numérique en France, avec un volume de données qui progresse d'environ 20 % par an. Pour en savoir plus, voyez ma FAQ sur l'écoconception de site web.

prnt.sc et Imgur : la grille de comparaison

Les deux services proposent des interfaces web pour envoyer des images et les partager via un lien public. C'est gratuit, rapide et universel.

Critère

prnt.sc (Lightshot)

Imgur

Rapidité pour celui qui poste

Très bonne : capture d'une zone et lien en quelques secondes. Une capture par lien.

Très bonne : envoi de la capture et lien en quelques secondes. Avec un avantage : plusieurs images peuvent être regroupées dans un même post.

Rapidité pour celui qui regarde

Le lien ouvre une page avec publicité (discrète). Obtenir l'adresse directe de l'image demande une manipulation.

Le lien ouvre une page avec publicité. Les images groupées se consultent sur une seule page.

Éditeur et RGPD

Skillbrains, adresse indiquée à Novosibirsk (Russie). Aucun contact ou représentant dans l'UE mentionné. Données de navigation transmises à des annonceurs tiers.

MediaLab AI, Inc. (États-Unis) depuis 2021. Contact pour la protection des données via un prestataire à Hambourg. Données partagées avec des partenaires publicitaires.

Visibilité des images

Toutes les images sont publiques par principe, y compris dans une galerie de compte. Adresses courtes et proches d'une suite, donc faciles à deviner.

Accessibles à toute personne qui a le lien. Identifiants de 7 caractères tirés au hasard, plus difficiles à deviner.

Conservation

Aucune durée annoncée. Licence d'utilisation perpétuelle accordée à l'éditeur. Suppression sur demande au support ou via le bouton « abuse ».

Depuis mai 2023, suppression des images anciennes et inactives non rattachées à un compte : un lien peut cesser de fonctionner.

Sécurité, incidents

Collecte massive de captures par des scripts documentée (WIRED, Kaspersky). Service bloqué par certaines institutions, comme une université américaine en 2025.

Fuite de 1,7 million d'identifiants de comptes en 2014, révélée en 2017. Amende de 247 590 £ infligée par le régulateur britannique (ICO) en 2026 sur les données des mineurs. Service inaccessible au Royaume-Uni depuis septembre 2025.

Écologie

Plus de 2 milliards de captures revendiquées, conservées sans limite annoncée. Formats PNG, BMP ou JPG.

Purge des contenus inactifs non rattachés à un compte, ce qui limite l'accumulation.

Coût

Gratuit (financé par la publicité).

Gratuit (publicité) et abonnement Pro payant.

Ce que j'en retiens

J'ai longtemps utilisé ces services sans trop me poser de questions, parce qu'ils sont pratiques et me semblaient anodins. Mais ils posent problème en matière de confidentialité, de sécurité et d'écologie. Je ne peux donc plus en recommander l'usage dans le cadre des missions de conseil AMOA avec qodop.

D'autres solutions selon votre organisation

Pourquoi ne pas joindre les captures directement dans l'outil de ticketing ?

Nous l'avons vu, c'est justement pour éviter cela que nous cherchons un outil plus rapide. Cependant, si votre outil de gestion de projet ou de tickets est efficace et que vous ne transférez pas de tickets d'une plateforme à l'autre, c'est une bonne option.

Un partage auto-hébergé open-source avec Nextcloud

Si votre organisation dispose déjà d'un Nextcloud, chez un hébergeur européen ou sur ses propres serveurs, il suffit de déposer la capture dans un dossier synchronisé et d'en partager le lien. L'administrateur peut imposer un mot de passe et une date d'expiration sur tous les liens publics.

  • Avantages : maîtrise totale de l'hébergement et des durées de conservation, cohérent avec une démarche RGPD et RGESN.

  • Inconvénients : plus lent qu'un outil dédié (déposer, partager, copier le lien), et pas d'annotation intégrée. Suppose d'avoir l'instance et de la maintenir.

Un espace de stockage Google est moins pertinent, mais il peut faire l'affaire le temps de trouver une autre solution : il reste préférable aux deux services comparés plus haut.

Un outil propriétaire et européen comme Marker.io

Un outil comme Marker.io s'installe sur le site en recette (widget ou extension). Le testeur capture, annote et envoie : le ticket est créé directement dans Jira, GitLab, GitHub, Trello, Asana et bien d'autres, avec les informations techniques utiles aux développeurs. L'éditeur est une société belge, qui stocke les données en Europe et propose un accord de sous-traitance (DPA).

  • Avantages : très rapide pour celui qui poste comme pour celui qui traite, idéal quand le client métier fait lui-même la recette. Possibilité de masquer les données sensibles et de recevoir des retours de personnes sans compte.

  • Inconvénients : payant, à partir de 39 $ par mois selon l'éditeur (essai gratuit de 15 jours). Hébergement sur AWS, à intégrer dans votre analyse RGPD.

Vous souhaitez aller plus loin ?

Il n'y a pas de solution universelle : le bon choix dépend de votre organisation, de l'outil de suivi déjà en place, de qui fait la recette, de vos exigences RGPD et de la durée de vie attendue des tickets.

Vous préparez une recette ou souhaitez structurer vos retours avec vos prestataires ? Je vous accompagne dans le suivi des développements et la recette de vos projets web, et plus largement dans la gestion de projet web. Contactez-moi pour en parler.

Pour aller plus loin sur la recette :

Références

Crédit photo : Renaud Bessieres

Publié le
L'auteur de cet article
Ingénieur de formation, je suis consultant AMO spécialisé dans le web. J’accompagne mes clients dans la conception et la réalisation de leurs outils digitaux.
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