Pourquoi (et comment) rédiger une charte d'utilisation de l'IA pour vos projets web ?

Une procession de chenilles

Lors de la refonte de son site web, une association de protection de l'environnement peut-elle utiliser des outils d'IA dans le cadre d'une démarche d'éco-conception suivant le RGESN ? L'impact environnemental de l'IA et ses conséquences sociales amènent mes clients, toujours soucieux de cohérence entre leurs valeurs et leurs pratiques numériques, à s'interroger.



L'intelligence artificielle s'invite dans tous les outils, elle est partout et les gains d'efficacité et de qualité sont tels qu'il paraît impossible de travailler sans l'IA lors d'un projet de développement web. Alors comment sortir de ce dilemme ? Notre conseil : mettre en place une charte d'utilisation de l'IA pour votre projet, puis pour toute l'organisation et pourquoi pas pour tout un secteur (par exemple au niveau d'une fédération d'associations). Les objectifs : réguler les usages, sécuriser les processus, tout en profitant du potentiel de ces outils et en restant cohérent avec ses valeurs.

L'IA est partout dans la chaîne de production web

Tout d'abord, il me semble nécessaire de préciser que beaucoup de des clients que j'accompagne n'ont pas encore pris la mesure de l'ampleur des usages de l'IA lors d'un projet de développement de site web ou d'outil digital en général. Se passer de l'IA lors de la refonte de votre site web, cela signifie aussi que leurs prestataires de développement doivent s'en passer. Alors, commençons par un rapide panorama des usages de l'IA tout au long d'un projet de développement web.

La conception

Collecter, analyser, structurer les données pour faire sens : les concepteurs web utilisent l'IA sur différents plans, de la recherche utilisateur à l'architecture de l'information. L'expérience utilisateur bénéficie de ces outils d'analyse.

Le design

Côté créativité sur des projets de développement haut de gamme, c'est peut-être encore une phase du processus de production d'un outil digital qui fait le moins appel à l'IA, mais les outils de génération d'images et d'assistance créative gagnent du terrain. Autre aspect important : les documents internes et les présentations externes aux agences ont de moins en moins besoin de designers pour mettre en forme ces documents : la communication visuelle au sein des agences de développement et avec les clients est plus efficace, plus rapide.

Le développement

En ordre dispersé ou suivant une politique précise de leur agence, vous pouvez être certain qu'en 2026 vos développeurs utilisent des outils d'aide au code. Les agents IA comme Claude Code en tête — nous avons d'ailleurs publié notre analyse de cet outil cet été.

La gestion de projet

Transcrire des réunions, prendre des notes, analyser des documents, des emails : l'IA est devenue un outil du quotidien pour les chefs de projet et les consultants AMOA. La gestion de projet web s'en trouve transformée.

Le produit lui-même

Le site web embarque des systèmes de modération, de recherche ou de recommandation de contenus boostés à l'IA. Un usage embarqué dans le produit, mais qui représente finalement une petite part de la consommation totale et qui est abordé par le RGESN.

La contribution

Essentiellement des usages autour des LLM : génération de texte, traduction, correction, optimisation SEO, la contribution représente un travail important pour les équipes de communication de mes clients et l'utilisation de l'IA est devenue courante mais elle reste très peu cadrée (équipes non formées, non techniques). Je constate d'ailleurs que les usages et les outils utilisés diffèrent très fortement sur ce point selon les organisations.

Les tests

À tous les niveaux, il est possible d'utiliser des outils de tests intégrant l'IA, des tests unitaires aux tests d'acceptance. Nous avons d'ailleurs documenté un exemple concret d'usage avec Playwright.

En résumé, de nombreux outils basés sur l'IA sont utilisés tout au long du projet par différents métiers, côté client comme côté prestataire de développement. Ces outils paraissent incontournables. Ils permettent non seulement d'être plus rapide mais aussi plus précis, plus efficace, plus exhaustif, de mieux communiquer et d'être plus productif. Si certains de mes clients essaient encore aujourd'hui de travailler sans l'IA pour des raisons éthiques, cela ne parait pas tenable, même à court terme.

Le RGESN ne couvre pas (encore) toute la chaîne

La version 2024 du RGESN envisage les usages de l'IA uniquement comme produit final (point 9 du référentiel) et ne tient pas compte de l'utilisation des différents outils sur la chaîne de production. Or, comme nous venons de le voir, c'est de loin la plus grande consommation d'IA dans un projet de développement web.

Un angle mort qui pose problème pour les organisations soucieuses de cohérence entre leurs engagements et leurs pratiques. L'éco-conception ne peut pas se limiter au produit fini.

Mesurer l'impact : mission (quasi) impossible

Dans un projet de développement web, on peut utiliser plusieurs dizaines d'outils différents. Cette étendue des usages et des services rend l'évaluation de l'impact de l'IA très complexe. Peut être que certains y arriverons bientôt mais ce n'est pas le cas aujourd'hui.

Les seules certitudes que nous pouvons avoir restent assez floues :

  • Les vidéos et, dans une moindre mesure, les images générées nécessitent une utilisation intensive de ressources.

  • Le coût des outils reflète vaguement leur impact — vaguement, car les modèles économiques des fournisseurs d'IA sont souvent basés sur un fonctionnement à perte pendant des années.

  • L'entraînement des modèles représente une consommation énergétique massive, mais elle est mutualisée entre tous les utilisateurs.

En résumé : un usage intensif, très varié et difficile à quantifier. Raison de plus pour poser des règles.

Encadrer l'usage avec une charte

La mise en place d'une charte d'utilisation de l'IA lors de refonte de site web (ou de tout projet de développement web) peut répondre à plusieurs problématiques :

  • Limiter l'utilisation à des tâches qui ont un vrai impact sur la qualité et l'efficacité du projet

  • Partager des bonnes pratiques et les faire évoluer, notamment pour améliorer la sécurité des données et la conformité au RGPD

  • Éviter les erreurs classiques : hallucinations, biais algorithmiques, fuites de données sensibles

  • Assurer la cohérence entre les valeurs affichées et les pratiques réelles

Comment construire cette charte ?

Nous avons défini 4 aspects importants d'une charte d'utilisation de l'IA : elle doit être collaborative, évolutive, transparente et implicante.


Collaborative

Une réflexion collective des différents métiers de votre organisation est nécessaire pour définir ensemble les bons usages, les mettre en pratique, les évaluer et les faire évoluer. La charte ne doit pas être un document descendant imposé par la direction, mais un outil construit avec ceux qui l'utiliseront. Les ateliers de co-conception sont un bon format pour amorcer cette réflexion.

Évolutive

L'évolution rapide des outils et des usages nécessite une flexibilité et une adaptation constante. Prévoyez des revues régulières et la possibilité de provoquer une ré-évaluation à la demande. Il est possible de la faire évoluer pour un projet en particulier et de négocier les usages avec les prestataires.

Transparente

La publication de la charte permet une transparence de l'organisation sur ses usages. Nous recommandons d'aller plus loin en attachant l'historique des outils et des prompts utilisés dans le projet comme partie intégrante des livrables. Cela demande de la rigueur, mais c'est un gage de confiance. Cela permet aussi aux différents utilisateurs de l'IA de progresser dans leur maîtrise des outils et de partager les pratiques.

Implicante

En demandant à vos prestataires de développement de se conformer à cette charte, vous déclenchez des leviers d'action concrets. La charte devient un critère de sélection et un engagement contractuel, au même titre que les exigences du cahier des charges.

Ce qu'une charte IA devrait contenir

  • Périmètre — Quels types d'outils IA sont concernés ?

  • Usages autorisés — Pour quelles tâches l'IA peut-elle être utilisée ?

  • Usages interdits ou encadrés — Quelles données ne doivent jamais transiter par des outils IA ?

  • Sécurité et confidentialité — Quelles précautions prendre pour protéger les données ?

  • Traçabilité — Comment documenter les usages ?

  • Responsabilités — Qui valide, qui contrôle ?

  • Révision — À quelle fréquence mettre à jour la charte ?

Cette structure peut s'intégrer dans un dispositif plus large d'assurance qualité du projet.

Références, exemples de chartes et ressources pour aller plus loin

Comment un consultant web AMOA peut vous aider ?

J'accompagne mes clients dans la mise en place de leurs outils digitaux depuis 2015 et aujourd'hui la charte d'utilisation de l'IA est en train de devenir un livrable incontournable lors de la conception d'un projet de développement web. Nous pouvons aussi grâce à notre expérience vous aider à mettre en place une charte d'utilisation de l'IA au niveau de votre organisation et pourquoi pas au niveau de votre secteur si vous êtes une fédération ou un syndicat ! Que ce soit pour rédiger une charte adaptée à votre contexte, auditer vos pratiques existantes ou former vos équipes aux bons usages de l'IA, contactez-nous.

Pour en savoir plus sur nos services concernant l'IA : découvrez l'AMO-IA !

Crédit photo - ©qodop

Publié le 31/01/2026
L'auteur de cet article
Ingénieur de formation, je suis consultant AMO spécialisé dans le web. J’accompagne mes clients dans la conception et la réalisation de leurs outils digitaux.
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